en voilier le long des côtes dalmates
L’ami Pierre m’avait prévenu : « Les côtes de la Croatie sont magnifiques. Tu devrais y aller ». Quelques mois et un coup de téléphone d’un tour opérateur plus tard, une proposition est sur mon bureau : 9 jours de navigation le long des côtes dalmates avec la perspective de mettre sur pied un voyage exclusif réservé aux lecteurs de « Plaisirs gastronomie et voyages magazine ». L’offre est intéressante, elle séduit aussi Pierre-Michel Delessert, le photographe. Le temps de désorganiser ce qui est organisé dans nos agendas et nous nous retrouvons à l’aéroport de Kloten.

Vendredi
Une heure quinze d’un vol sans histoire, trois minutes à l’aéroport pour faire la connaissance de Kristina, la jeune femme qui nous accompagnera pendant ce périple, une demi-heure de route pour rejoindre Trogir et nous voilà à pied d’œuvre. Ou presque. Reste à découvrir « Perla ».
« Perla » c’est une goélette, un voilier magnifique, une sorte de majestueux chalet posé sur les flots bleus. Trente mètres de long, 7 mètres de large, un bar et une salle à manger, 7 cabines à deux lits avec leur salle de bains, voilà pour l’essentiel de ce qui va constituer notre hôtel pendant ces prochains jours.

Mais d’abord avant de lever l’ancre rendez-vous sur la plage arrière où de larges sofas nous accueillent pour la présentation de l’équipage. Cinq personnes pour 13 passagers. Une proportion pour le moins royale ! Il y a l’hôtesse Mirjana, les deux marins Vlade et Miroslav, le cuisinier Branco sans doute l’homme le plus important à bord et le capitaine Ivo, un solide et sympathique gaillard d’une trentaine d’années qui nous ouvre l’appétit en proposant un vin blanc de la région. Excellente entrée en matière avant le repas du soir pris face au port de Split sur la terrasse de « L’Adriatic Grasò ». Vue magnifique, présentation des plats recherchée, cuisine de qualité, sans doute le meilleur restaurant de la ville.
Samedi
Le matin découverte de Trogir. Une belle petite ville. Fortifiée. Grecs, Romains et Vénitiens y vécurent. Et on les comprend ! Surnommée « La beauté de pierre » Trogir est la mise en bouche idéale avant la découverte de cette région aux… 1185 îles ! Et c’est justement pour une de celle-ci que nous embarquons en fin de journée. Deux heures de navigation pour arriver dans le petit port de Milna, sur l’île de Brac – prononcez bratche. C’est d’ici que partirent, entre autre, les pierres qui servirent à édifier la Maison Blanche à Washington.
Baignade dans une eau guadeloupéenne (pour sa couleur) et de montagne (pour sa pureté) et premier repas à bord sur la longue table, à l’arrière du bateau. Une grande tenture nous protège des derniers rayons de soleil. Les calmars sont excellents, le vin aussi.

Dimanche
Belle journée de cabotage. A midi, notre capitaine choisit une crique pour mouiller l’ancre et nous nos maillots de bain. Repas et poursuite du voyage vers l’île de Hvar (dites Revar) que l’on atteint vers 16 heures. Nouvel émerveillement, le petit port est cerné par d’anciennes et aristocratiques bâtisses, toutes parfaitement restaurées qui lui confèrent un petit air de St-Tropez. C’est beau.
Juste à coté la place se prend pour une italienne, qu’elle fut il y a quelques siècles. Fenêtres florentines, pavés lissés par le temps, clocher et terrasses, il ne manque rien. C’est d’ailleurs là, au restaurant Hannibal que nous allons déguster un des plats les plus intéressants du voyage, sorte de bouillabaisse à la mode dalmate : le « Hvarska Gregada ».

Lundi
Après le petit-déjeuner à bord, la matinée est consacrée à une promenade dans l’île et à la découverte des senteurs méditerranéennes. C’est diffèrent, très différent de chez nous. Ici la nature sauvage a gardé tous ses droits. On pourrait se perdre sur ces chemins de traverse, abîmé dans la contemplation du paysage. Parfois sublime. L’île mesure 68 km. De tout son long, elle s’étire, alanguie au soleil, devant les côtes continentales ou l’île de Brac. Vers midi, le pique-nique est bienvenu, sous les oliviers, qui sont une des principales ressources de l’île. Après-midi, une heure et demie de navigation jusqu’à l’île de Scedro. Un petit bout de terre, à moins de 3 kilomètres au large de Hvar. Ni eau courante, ni électricité, ni résident permanent sur cette minuscule île qui pourtant abrite un restaurant. C’est là que nous mangeons. Robinson Crusoé n’est pas loin. Nous, on se prend déjà un peu pour lui ! Rien à voir avec les hordes de touristes déversées dans les grands ports, tôt le matin, par de gigantesques paquebots. Alignés… couverts…après moi marche… Excursions ordonnées, minutées. commentées en trois langues. A peine plus stressant qu’au boulot !
Mardi
Trois bonnes heures de mer pour découvrir Korcula. Une des cités médiévales les mieux préservées de toute la Méditerranée. Selon une légende Marco Polo y serait né. Et il a eu raison ! Cernée par d’épaisses murailles la vieille ville est tout simplement splendide, comme le fut l’agape prise, un peu plus tard en pleine campagne, dans une famille de paysans qui nous a simplement mais chaleureusement reçus.

Mercredi
Navigation, baignades, parties de cartes, jus de fruits, lecture et la voix chaude de Roberta Gambarini pour nous tenir compagnie. Décidément les matinées sont pénibles à bord de « Perla » ! Il est 13 h 30 quand nous arrivons à Mljet l’île qui abrite un parc national que nous découvrons à pied et en voiture. Lacs salés et d’eau douce, rivières, forêts, sentiers bucoliques et monastère bénédictin du XIIe siècle, il ne manque rien au tableau du « parfait petit parc national ».
Jeudi
Retour sur le continent. Partis vers 9 heures, il est un peu plus de midi quand nous accostons à Prapratno. Principale région viticole du pays, nous visitons, des vignes, des caves, des vignerons et nous dégustons quelques produits locaux, du vin bien sûr, mais aussi de l’huile d’olive, du jambon, des huîtres et des moules. La qualité est au rendez-vous… les prix aussi. Ce n’est pas meilleur marché que chez nous.
C’est donc totalement repus que nous quittons Prapratno pour aller, par la route à Ston. Surprise – qui est aussi la raison de notre venue – la petite ville est entourée d’une muraille en parfait état, en tout plus de 5 kilomètres, qui serpentent sur la colline.

Vendredi
C’est la journée farniente ! Après le petit-déjeuner, l’ancre est levée, direction les îles Elaphiti au large de Dubrovnik. Il est midi quand nous y parvenons. Mer turquoise, plage de sable fin, repas de poissons grillés au son du dernier disque du Georges Robert Jazz Orchestra. Le moment est venu de continuer à ne rien faire. Mais sans précipitation. En fin d’après-midi et après deux heures de navigation « Perla » s’installe devant Dubrovnik pour la dernière soirée à bord. Le souper d’adieux, de gala donc, est agrémenté de musique typique… dans cette nuit fantastique… face à Dubrovnik. Un autre moment gastronomique et histor…hic !
Samedi
Neuf heures, nous quittons, définitivement « Perla ». Notre périple touche à sa fin. Mais il reste encore une chose à faire et ce n’est pas la moins intéressante : parcourir la ville qui nous fait face.
En fait, Dubrovnik ne se raconte pas, elle se vit. Il faut déambuler dans ses ruelles étroites, prendre une heure pour marcher sur les splendides remparts qui encerclent la citadelle, entrer dans ses palais et ses musées. Découvrir Dubrovnik c’est attendre, sur une terrasse, que le soleil disparaisse et voir la ville se transformer en un brasier rose, avant que ne s’allument les lanternes. Dubrovnik devient alors mystérieuse, plus médiévale encore. Dubrovnik qui n’a pas pu échapper à la guerre fratricide de 1991 mais qui, aujourd’hui, a pansé ses blessures et fait partie du patrimoine mondial de l’Unesco.
Dimanche
Il est tard, du balcon de ma chambre à l’hôtel Hilton, je contemple, une fois encore le port et ses bateaux illuminés, un peu plus loin « Perla » a déjà repris le large. Dans quelques heures d’autres passagers l’attendent. Quant à nous, nous serons conduits à l’aéroport… après une matinée libre bienvenue. Le temps d’un dernier flirt avec cette ville inoubliable. (PhDh)





