Saint-Blaise, bourgade pittoresque assise au bord du lac de Neuchâtel. Lieu-dit - évocateur ? - « Les Plantées ». Un petit îlot viticole, baigné de la lumière blême d'un hiver agonisant, comme sorti de son écrin citadin.
Cratère d'un volcan de pierres et de béton lové entre lac et montagne. Jacques Tatasciore nous attend sur cet arpent incrusté dans le coteau. Fluet, le cheveu ras anthracite saupoudré d'argent, teint mat et port altier trahissant ses origines transalpines, il nous reçoit dans son jardin d'Eden, son musée exclusivement consacré à l'ampélographie du pinot noir - son cépage fétiche - dans ses types bourguignon et « cortaillod ».
Texte: Philippe Tanner / Photos: Jean-Guy Python
Sécateur à la main, il déambule, puis, brusquement, tombe en arrêt devant un cep dévoilant sans pudeur sa nudité hivernale. Fustigeant sans réserve la doctrine dispensée dans nos écoles de viticulture, il taille d'un geste vif et précis - presque chirurgical - le bois assoupi éliminant le mauvais œil, ce bourgeon qu'aduleraient assurément les enseignants de ces institutions.
Car il est libre Jacques ... Y en a même qui disent qu'ils l'ont vu planer !
Passion chevillée, regard pénétrant, convaincant, il est bien décidé à tutoyer SA perfection, pourfendant sans pitié les matamores de la standardisation, les marchands d'esbroufe et autres chimistes de toute extraction.
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Consumé par la flamme de notre hôte, enthousiasmé déjà, on finit par égarer toute référence temporelle. L'heure tourne. Il est temps de se diriger vers le refuge dédié à la dégustation. Direction la cave du confrère et ami Jean-Pierre Kuntzer.
Là, après avoir débouché un flacon de la « Cuvée Vieilles Vignes » 2005 - du pinot noir évidemment - Jacques Tatasciore nous livre ses secrets de vigneron, ses recettes : la vigne en liberté, le respect absolu des cycles naturels du plant, les copains d'abord avec des vendanges rigoureusement menées par une bande de complices, expérimentée et parfaitement soudée, des baies de qualité irréprochable, récoltées à parfaite maturité, des tris rigoureux, puis très peu de soufre, pas de levurage, ni d'enzymage. Honnie soit la chimie !
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dans notre magazine 289 - AVRIL-MAI 09






