Soliste en Galilée
La Galilée : patrie du Christ, théâtre privilégié de son enseignement, elle est aussi corps de ferme isolé, posé sur les contreforts du Mont-Aubert, sommet du massif jurassien surplombant le village d’Onnens. De là, on toise de haut, avec un brin de fierté, les coteaux de vigne qui déclinent vers l’autoroute, avec le bleu du lac de Neuchâtel comme horizon.

On est tout près de « Chassagne », garide aux allures de garrigue, mosaïque de pelouses sèches, de buissons et de chênes isolés, façonnée par les moutons. Îlot provençal aride où affleure le calcaire. Eden des ornithologues, herpétologistes et botanistes de tout poil.
Ce décor grandiose, inscrit à l’inventaire fédéral des paysages, sites et monuments naturels d’importance nationale a tracé la ligne vigneronne de Didier Gaille. La quarantaine entamée, mais encore rugissante, l’homme a le regard franc, déterminé. Un visage rond, barré d’une fine moustache, lui donne un air adolescent, angélique presque.
Son père, agriculteur converti à la viticulture à l’aube des années 1980, lui a inoculé le virus de la terre d’abord, puis de la vigne. Didier serait vigneron. Son parcours reflète son choix : certificat fédéral de capacité de viticulteur, maîtrise fédérale viticole et diplôme d’œnologie l’école supérieure de viticulture et d’œnologie de Changins. Un viatique suffisant pour jouer les solistes et s’affranchir de la Cave des Viticulteurs de Bonvillars. Défi de taille car la coopérative - aujourd’hui bien menée - est à la région ce que Big Ben est à Londres. Didier aurait pu être le fidèle associé de son père, en devenir le successeur. Las, il s’affranchit rapidement de l’ombre portée de son géniteur. Choc de caractères, de personnalités !
Le divorce survient après une année de vie commune. Didier décide de cultiver ses propres arpents, de griffer ses cuvées. Il loue une cave au village d’Onnens, y émigre puis vinifie sa première récolte en 1984 ; une cuvée de chasselas issue de vignes louées d’une part et appartenant à sa mère d’autre part qu’il nomme « La Brantée » ; l’étiquette habillant les cols, constituée de papier d’emballage, est payée par un ami vétérinaire…
Au fil des ans, patiemment, Didier Gaille esquisse son domaine, puis le dessine : acquisition en 1985 d’une vigne complantée de pinot noir au lieu-dit « Sur les Chaux », à Corcelles-Concise, puis achat d’un lopin à Grandson et d’un autre dans l’exigeant terroir de « Chassagne ». Une marqueterie de « climats ».

Découvrez la suite de cet article dans notre magazine 294 - Mars-Avril 2010





