Au XIXe siècle, le pépiniériste français André Leroy recensait pas moins de 571 variétés de pommes. D’ailleurs, ce scientifique consacra une grande partie de sa vie à compléter son dictionnaire de la pomologie, qui fut pourtant terminé après sa mort.
Aujourd'hui, Leroy pourrait compter les variétés de pommes restantes en un après-midi. Une bonne douzaine, dont trois dominent largement le marché. A elle seule la variété Golden comptabilise 40 % des ventes, suivie par la Gala (15 %) et la Granny (10 %). Est-ce à dire que – de nos jours – les consommateurs adorent ces « trois G », dont les caractéristiques principales sont d’abord leur manque de goût compensé (!) par une forte teneur en eau ? Dommage qu’ils ne connaissent rien d'autre.
Aujourd’hui, la qualité des pommes est définie par les lois européennes. D'abord la taille : pour être rangée dans la catégorie « extra », la pomme doit avoir un diamètre de 70 mm ou plus pour les variétés dites « grandes », les autres sont « extra » à partir de 60 mm. En catégorie I, c'est un diamètre de 65 mm (variétés « grandes ») ou 55 mm (pour les autres) qui est exigé. Evidemment, la pomme légiférée par Bruxelles doit être belle : Les défauts de peau ne doivent pas dépasser 4 cm de longueur pour des défauts de forme ovale, et 2.5 cm² de la surface totale pour les autres défauts. Tels sont les critères bruxellois d’évaluation d’une bonne pomme ! Toutefois, il semble que les bureaucrates européens aient oublié un petit critère qui a son importance… le goût, mais il vaut mieux ne pas en parler, car tous les goûts sont dans la nature.
Attention, une pomme plus petite peut être commercialisée. Mais quel est le pépiniériste qui est d’accord de voir ses fruits relégués en deuxième catégorie simplement à cause de leur taille ? Mieux vaut planter autre chose. Votre variété de pomme est un peu fragile et cueillie à la main ? Elle risque fort d’être déclassée pour quelques marques de doigts…
Bienvenue dans la grande Europe, où les aliments se définissent en fonction de leur longueur, largeur, poids, diamètre et courbe. La Suisse n'est pas membre de l'UE, me dites-vous ? Mais cela ne change rien car elle importe et exporte la grande majorité de ses produits vers ses voisins. Vous en voulez encore ? Tenez, une banane. Les marchands de fruits et légumes doivent s'assurer qu'elles ont une longueur minimale de 14 cm, un diamètre de 2,7 cm et ne présentent pas une « courbure anormale », définie dans une directive de huit pages élaborée en 1994.
Le diamètre des pêches doit dépasser les 5,6 cm entre juillet et octobre. Les carottes doivent disposer d'un diamètre minimum de 1,9 cm à l'extrémité épaisse, sauf pour les petites variétés. Ces directives sont, pour une partie, anciennes. Mais croyez-vous vraiment que le producteur va replanter des petites variétés après avoir mis des années à créer un marché pour les grosses ?
Décidément, il vaut la peine de presser le cerveau de nos meilleurs juristes pour obtenir, à la fin, de telles directives, pleines de précisions et de bon sens ! Comme souvent, Bruxelles prie le consommateur, de passer deux fois à la caisse. Une première fois avec les impôts, qui permettent de bien rémunérer la légion d'experts qui a défini les critères de choix. Une deuxième fois lors de l'achat des fruits, car pépiniéristes, producteurs et importateurs doivent régulièrement mettre en vigueur les « nouveautés bruxelloises ». Ces efforts ont des coûts qui se reflètent tout naturellement sur les prix. Probablement que ces Eurocrates-là ne mangent pas leur cinq fruits et légumes par jour. Sinon, ils sauraient que les petites variétés de fruits et légumes ont souvent bien plus de goût que celles « mises en scène » par Bruxelles.
Continuez Messieurs les Eurocrates ! Un jour vous finirez bien par passer une loi qui définit le bon citoyen européen : Hauteur minimum pour les hommes « extra » 1,85 m, pour les femmes 1,78 m ; diamètre homme 95 cm, femme 90 cm (à mesurer à l'âge adulte au niveau de la poitrine). Homme classe I, minimum 1,65 m, pour les femmes 1,55 m ; diamètre homme 85 cm, femme 85 cm. Désolés pour tous les autres : vous êtes désormais des citoyens de deuxième classe ! (JZ)






